Danke Angela !

Un de nos fidèles correspondant réagit à la dernière lorgnette (ici) avec laquelle il n'est pas du tout d'accord. Tant mieux : cela nourrit le débat. Merci à lui. LV Le billet intitulé « Tchüss Angèle ! » me paraît très représentatif d’une certaine arrogance, qui considère le plus
Danke Angela !

Un de nos fidèles correspondant réagit à la dernière lorgnette (ici) avec laquelle il n'est pas du tout d'accord. Tant mieux : cela nourrit le débat. Merci à lui. LV

Le billet intitulé « Tchüss Angèle ! » me paraît très représentatif d’une certaine arrogance, qui considère le plus souvent que seule la vision française serait bonne pour une Europe où seule la France aurait des idées ; il semble en revanche totalement méconnaitre ce qu’est l’histoire de l’Allemagne, notamment récente, et surtout qui sont les Allemands.

Commencer par qualifier Angela Merkel de « politicienne au sang-froid » qui « savait tuer ses rivaux politiques », évite de considérer quelques épisodes peu glorieux de notre propre histoire politique qui, tous bords politiques confondus, recèle de fameux « coups de Jarnac ».

Ecrire qu’elle fut « excellente pour arriver au pouvoir et s’y maintenir, mais ô combien décevante depuis qu’elle y régnait » conduit à poser une question : décevante pour qui ? Pour Paris, sans doute, mais par pour le peuple allemand qui, depuis 2005, a su la réélire à quatre reprises – même si ce fut moins confortablement la dernière fois - dans le cadre d’un processus parfaitement démocratique. Combien la France aura-t-elle connu de présidents dans la même période ?

Passons à « Son côté mesuré, nuancé et comme il faut » qui « a plu au notable français, impressionné par cette retenue germanique qu’il prend pour de la saine rigueur » ; certes, elle-même comme de nombreux hommes et femmes politiques allemands n’arborent pas le côté flamboyant de la plupart de leurs homologues français. Mais en matière de flamboyance, l’Allemagne a déjà donné il fut un temps…et elle s’en souvient. D’où peut-être la volonté d’affichage de ce comportement retenu. En tous les cas, si l’on peut souhaiter davantage de fantaisie dans le mode de gestion allemand, plus de rigueur ne serait parfois pas une mauvaise chose côté français…

S’agissant de l’arrêt du nucléaire, au demeurant initié par Gerhard Schröder en 2002, il se révélera sans doute sur le long terme une décision pénalisante pour l’Allemagne, mais c’est un choix national assumé sur lequel se retrouvent dans l’esprit une majorité d’Allemands. C’est en effet un vrai motif de désaccord avec Paris, qui pourrait d’ailleurs aller crescendo selon la coalition investie à Berlin après les élections de septembre 2021. Cela dit, l’arrêt du nucléaire est assez dans la tendance Green deal-bobo et l’engouement bruxellois pour Greta Thunberg. Quant à l’accord de 2015 sur les migrants, il place certes l’UE dans une situation complexe vis-à-vis de la Turquie ; mais qui y eût-il à l’époque pour présenter des alternatives pertinentes ? Je n’ai pas le souvenir que la France ou d’autres se soient alors révélés très créatifs et/ou originaux. La nature ayant horreur du vide, la proposition allemande occupa le créneau.

Si l’Allemagne est critiquée pour avoir préservé ses intérêts, qualifiés dans le billet « de court terme », c’est le rôle d’un chef d’Etat ou de gouvernement de les préserver et la France ne s’en prive pas ; et le pendant d’une supposée « germanolâtrie » n’est rien d’autre que le chauvinisme français, souvent brocardé dans les instances internationales. Mais que l’Allemagne s’implique pour faire valoir son point de vue et resurgissent immanquablement les ombres du passé ; qu’elle demeure sur la réserve et lui est alors reproché de ne pas tenir son rang - particulièrement par la France lorsqu’il s’agit d’opérations africaines – et de se satisfaire d’une diplomatie économique.

Venant de « l’année 0 » en cet été 1945, le « petit rentier satisfait et vieillissant » n’a pas obtenu par miracle cette aisance aujourd’hui jalousée mais par le travail et le sens de l’économie, contribuant à faire de l’Allemagne la première puissance économique européenne. De la même manière, Napoléon ne qualifiait-il pas l’Angleterre de « nation de boutiquiers », qui n’en finit pas moins par avoir raison de lui et de son Empire… ?

Nous avons l’Allemagne que nous avons voulue et fabriquée après 1945 : dénazifiée et démilitarisée, devenue pacifique sinon parfois pacifiste, elle s’est pleinement investie dans le développement de son économie, jugée un terrain de jeu à risques moindres par les Alliés et notamment la France. La critique de sa pusillanimité en matière de politique extérieure et spécifiquement de défense apparait donc aujourd’hui mal venue. Si elle peut aujourd’hui parler haut et fort, c’est seulement qu’elle en prit les moyens au fil des dernières décennies en faisant d’autres choix que Paris dans le cadre contraint qu’on lui avait assigné, sans coûteuse politique coloniale ni dissuasion nucléaire.

Alors, « Tschüss Angèle, tu ne nous manqueras pas » : je pense qu’au contraire, nous risquons fort de la regretter très vite, particulièrement à l’aune des coalitions potentielles que générera le scrutin de septembre : certains des scénarios, très plausibles, risquent alors de virer au cauchemar pour Paris. Essayons donc, si c’est possible, d’apparaître un peu moins méprisants (« die Nase hoch ») envers nos associés – et pas seulement allemands -, sans quoi nous mesurerons très vite notre solitude, avec pour seuls vis-à-vis nos déficits abyssaux. A cet égard, gardons aussi en mémoire que la promotion de brillants concepts avec l’argent des autres agace depuis longtemps nombre de nos partenaires plus vertueux, parés sur les bords de Seine du sobriquet de « frugaux ». Souhaitons que la crise sanitaire et ses lourdes conséquences socio-économiques ramène la France à plus de modestie. « Danke Angela !».

Eric Dell'Aria

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