Entre vassalisation impossible et extermination impensable, oser la coexistence dans un seul et même État (F. Géré)

Nous sommes heureux de publier ce texte de Françpois Géré, président de l'IFAS. LV Le fiasco de la solution à deux États était annoncé depuis longtemps. En novembre 2016 Piotr Smolar, correspondant du Monde à Jérusalem, publiait un dossier alarmant sur l’implantation la pénétration des   colonies israéliennes
Entre vassalisation impossible et extermination impensable,  oser la coexistence dans un seul et même État (F. Géré)

Nous sommes heureux de publier ce texte de Françpois Géré, président de l'IFAS. LV

Le fiasco de la solution à deux États était annoncé depuis longtemps. En novembre 2016 Piotr Smolar, correspondant du Monde à Jérusalem, publiait un dossier alarmant sur l’implantation la pénétration des   colonies israéliennes en Cisjordanie. Elles ont progressé inexorablement en dépit des vaines admonestations d’une communauté internationale inconsistante. 150 000 en 1995, 400 000 en 2015 et 500 000 personnes en 2022. A quoi s’ajoutent plus de 200 000 habitants dans la partie orientale de Jérusalem. Ces implantations illégales interdisent toute continuité territoriale, torpillant la possibilité même de  former un État palestinien homogène.

Ainsi la solution à deux États n’en finit-elle pas d’agoniser dès lors qu’aucune force politique sur le terrain ne la soutient plus depuis vingt ans, devenant une incantation diplomatique hypocrite.

Faut-il regretter l’abandon de cette « solution » ?

Dès le départ, elle présentait un inconvénient structurel majeur. Elle conduisait inexorablement à une logique de confrontation entre deux ennemis dotés de potentiels économiques et militaires déséquilibrés. Rares seraient les Palestiniens acceptant d’être les sous-citoyens d’un État vassal.

Reste l’extermination « à petit feu » par alternance entre les meurtres au quotidien et les flambées de violence dénommées intifadas, suivies d’exodes de masse. De ce point de vue, l’affrontement entre le Hamas et l’État d’Israël n’est rien d’autre qu’une nouvelle intifada à plus grande échelle.

Pour sortir de l’impasse, reste la cohabitation des deux peuples au sein d’un seul et même État. Ce saut politique qualitatif changerait totalement la donne, obligeant à raisonner et à se comporter autrement.

Actuellement, la situation démographique se situe à un point d’équilibre favorable. 75% de juifs soit 6 773 200 habitants et 21,0 % d'Arabes israéliens (1 919 000) et 5 millions de Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza.

Au sein d’un État unique l’obstacle de la discontinuité territoriale perd automatiquement toute raison d‘être. La notion de colon se vide de sens. Encadré par la loi commune, l’accès à la propriété s’effectuera pacifiquement. Toute violence devenant un délit de droit commun.

Certes il restera dans les villes des quartiers arabes et des quartiers juifs comme il en existe pour les Blancs et les Noirs dans les mégapoles des États-Unis ; dans les campagnes une colline juive et une vallée arabe ou l’inverse, mais sans barrières ni check points. Le but n’est pas de s’aimer du jour au lendemain mais de cesser de se haïr en créant les conditions d’une commune existence. C’est pourquoi on préférera confier à l’histoire les noms de Palestine et d’Israël trop lourds d’un passé de violences et de haines et trouver une nouvelle appellation, par exemple République Démocratique du Levant (mais on peut en suggérer d’autres).

L’essentiel est d’adopter une constitution fondée non plus sur un Dieu mais sur la personne du citoyen politique et sur la déclaration de quelques principes : liberté, égalité, dignité, solidarité propres à fonder une société pluriethnique, pluriconfessionnelle, pluriculturelle.

Cette société, il convient de la « déthéocratiser ».

En laïcisant la vie politique sur la base de la parité entre citoyens juifs et arabes représentés dans un parlement unique.

En créant une éducation nationale non-confessionnelle fondée sur deux langues : hébreu, arabe.

En développant la symbiose culturelle sur le modèle de l’orchestre de Daniel Barenboim.

En instituant un service militaire mixte dans une Force d’auto-défense.

En établissant des services communs de police et de renseignement.

Y contribueront :

-des infrastructures de transport unifiant l’ensemble du territoire, un réseau général de distribution de l’eau pour tous et partout.

-une économie assainie, affranchie du fardeau d’un budget militaire surdimensionné dont souffrent les Israéliens.

-l’incitation fiscale aux investissements en faveur des start-up orientés vers la recherche civile.

Enfin, symbole pour symbole, la désacralisation de Jérusalem en y installant la banque centrale du nouvel État pour en faire une grande place financière. Plus de banques, moins d’églises, de synagogues et de mosquées.

Les deux peuples souffrent de plaies identiques : la corruption et le fanatisme religieux dont l’emprise aboutit à un vide politique faute de dirigeants de la trempe de  Nelson Mandela et Frederik De Klerk qui parvinrent à surmonter les pires oppositions dans un environnement de grande violence. Les premières élections multiraciales au suffrage universel eurent lieu du 26 au 28 avril 1994, période durant laquelle une série d'attentats fit 21 morts et plus de 150 blessés.

Ces dirigeants comment les trouver ?

Il appartient d’abord et avant tout aux citoyens juifs et arabes lassés par la violence et la précarité de leur vie quotidienne de refuser leurs voix aux corrompus et aux fanatiques présents de chaque côté qui leur imposent une logique d’extermination. De choisir des dirigeants honnêtes, compétents, courageux animés par un esprit de justice et de tolérance.

Il appartient ensuite aux voisins arabes d’accompagner la naissance de ce nouvel État en lui apportant un soutien financier substantiel. Il appartient enfin aux États-Unis mais pas à eux seuls car la diplomatie de la Chine a désormais un important rôle à jouer, de favoriser cette mutation.

Même les armes nucléaires ne seraient pas un obstacle. Israël n’a jamais reconnu en détenir. Il suffira de les remettre discrètement à l’AIEA pour procéder au démantèlement par un pays d’accueil doté des compétences techniques comme on le fit pour les armes nucléaires de l’Afrique du Sud. Cette mesure contribuerait à renforcer le processus de stabilité régionale, à réduire les risques de prolifération et à isoler l’Iran s’il persistait dans ses velléités d’accéder au nucléaire militaire.

Il est des moments exceptionnels dans l’histoire où le pragmatisme doit prendre les apparences de l’utopie.

François GÉRÉ

Président de l’Institut français d’analyse stratégique

Source : https://ledrenche.fr/israel-palestine-deux-etats/

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